ADFE Hessen e. V.
Association Démocratique des Français à l'Etranger
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PORTRAIT

PHILIPPE G. : UN FRANÇAIS A FRANCFORT

Philippe G., quand êtes-vous arrivé en Allemagne ?

Nous sommes arrivés ici il y a bientôt quatre ans. Je travaillais pour la Banque de France, et je suis venu à Francfort pour travailler à l'Institut Monétaire Européen.

Aviez vous déjà eu des contacts avec l'Allemagne ?

Non. Mon épouse N. et moi avions envie de partir. Nous n'avions pas envisagé un départ vers l'Allemagne, mais plutôt vers l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis ou le Canada. Mais le poste offert à Francfort était intéressant, ce qui nous a décidé.

Nos conditions de vie ont complètement changé. Nous habitions loin de mon lieu de travail et je faisais tous les jours 150 km en moto (Autoroute A6, périphérique, et Paris), ce qui était très dangereux et fatigant. N. travaillait en campagne et deux jours dans la semaine, à Paris. Je l'emmenais à Paris. Ici, N. ne travaille pas, mais nos conditions de vie sont globalement meilleures.

Comment s'est passée l'arrivée à Francfort ?

Pour l'anecdote, lors de notre premier passage à la frontiêre, nous avions un camembert dans nos bagages et notre feuille d'imposition à portée de main qui attestait que nous n'étions plus redevables d'aucune somme en France.

Nous avons eu une première déconvenue lorsque nous avons cherché un logement. Toutes les maisons proposées étaicnt dans des lotissements, construites et remises à neuf suivant un plan et des critères standard (moquette beige et murs blancs), avec un petit bout de jardin derrière, parfois clevant, „Reihenhaus" en général. Nous hahitions dans un petit village, dans une maison ancienne que nous avions rénovée nous-même, avec un grand jardin en bordure de la forêt de Fontainebleau. Le dépaysement a été total de ce point de vue.

Le dépaysement, ce sont aussi des détails comme les poubelles, qui passent toutes les deux ou trois semaines suivant le type de déchet, papiers, emballages, bio, autres. Gérer deux semaines de déchets „bio" en été quand il fait 35 degrés à l'ombre est aussi un problème.

 

Est-ce que vous vous êtes senti bien accepté par les Allemands ?

Le contact avec les Allemands s'est bien passé. Leur a priori vis-à-vis des Français est en général positif. Certains comportements nous étonnent toujours. Par exemple, le besoin qu'ils éprouvent de faire la police par eux mêmes. Si vous êtes mal garé, il y aura toujours une personne pour vous faire la morale, que cela la concerne ou non.

Le systême allemand, vu de France, est souvent considéré comme très organisé, voire rigide. Ce n'est pas toujours vrai. l,e système éducatif allemand est par exemple beaucoup moins scolaire et directif que le système français. Les Allemands sont sans doute plus Attachés au respect des règles que les Français, et moins individualistes. Cela permet de micux vivre ensemble.

Par contre, en l'absence de règle, c'est le bazar. Allez à la banque, une ligne jaune et un panneau „Halt" vous expliquent qu'il faut attendre son tour. Tout se passe normalement. Dans le magasin d'à côté, il n'y a pas de ligne jaune ni de panneau „Halt" et il faut râler pour conserver son tour.

Nous avons lu un article à ce sujet qui expliquait que l'Allemand était, contrairement aux idées reçues, moins rigide que le Français, et qu'il avait besoin de règles précises. Le Français était considéré comme plus discipliné, et avait donc moins besoin de règles pour la vie de tous les jours.

Avez-vous appris facilement l'allemand ?

La langue de mon travail est l'anglais. J'ai donc très peu d'occasions de pratiquer l'allemand. J'avais choisi allemand en deuxième langue à l'école, en l'absence d'autre choix. Aujourd'hui, je tne débrouille. J'ai réappris en écoutant et en parlant aussi souvent que possible, avec les taxis en particulier (oui, je sais, la plupart sont turcs, mais leur allemand est souvent meilleur que le mien). Les allemands apprécient qu'on fasse l'effort de parler leur langue, même si la communication serait souvent plus facile en anglais.

Qu'est-ce que vous aimez bien en Allemagne ?

I.a société allemande a un côté bon enfant. Ils aiment se retrouver et faire la fête ensemble. Bien sûr, la fête est une fête organisée, mais les occasions sont nombreuses (fêtes religieuses, culturelles, gastronomiques, fête de la bière ou de la saucisse). Malgré le temps pas toujours clément, tout le monde est là pour manger et boire ensemble. Nous allons nous aussi régulièrement manger sur le marché du samedi à la Hauptwache, où an trouve quantité de spécialités de la Hesse.

Comment cela se passe-t-il sur le plan des loisirs ?

Nous faisons beaucoup de sorties avec nos deux filles, qui ont 5 et 6 ans. Cirques (traditionnel, "du soleil"), cinéma, opéra, concerts. Nous sommes allés voir Carmen, la flüte enchantée... Nous sommes aussi allés à Munich et à Berlin, où nous somme tombés en plein dans le love parade. Nous profitons aussi des installations sportives nombreusess et bien équipées (piscine, salle de fitness, terrain de squash), et du Taunus tout proche, très bien aménagé et très agréable.

Quelle école avez vous choisie pour vos enfants ?

Nous les avons inscrites à l'école française en arrivant, un peu par peur d'un trop grand changement pour elles comme pour nous. Nous étions contents de la qualité de l'enseignement, mais pas assez d'efforts étaient mis sur l'apprentissage de l'allemand, ce que nous pensons être essentiel pour une bonne intégration. Depuis septembre cette année, elles vont à l'école internationale de Sindlingen. Elles se sont vite adaptées, et ne semblent pas traumatisées par le fait que la langue principale soit l'anglais ! L'apprentissage de fallemand y est plus intensif, en cours, ma is Aussi pendant les pauses : environ 40 % de l'effectif est allemand !

Est-ce que certaines choses vous manquent ici ?

Nous trouvons tout ou presque tout ici. Nous avons aussi découvert la nourriture allemand (charcuterie et viande de porc à toutes les sauces, Schnitzel, Bratwurst agrémentés de Bratkartoffeln ou de Spaetzle,...) et les boissons allemandes, plus ou moins fermenté (Traubensaft, Federweisswein, Wein, Schnaps), et nous aimons tout ça aussi. Nous pensions en arrivant avoir à nous ravitailler à Strasbourg régulièrement, mais nous ne l'avons Finalement presque jamais fait. Nous allons en fait en France deux à trois fois par an pour faire le tour des familles.

Ce qui nous manque le plus dans la région est la proximité de la mer ou de grands lacs. Nous sommes allés en voiture à la recherche d'eau dans la mer du Nord, l'Atlantique, la Méditérannéc, le „Chiemsee" et Avons trouvé ... que c'était loin dans toutes les directions. Nous Aimons la plongée et la voile et ne pouvons pas pratiquer à moins de prendre l'avion.

Vous vous êtes bien habitué au climat ?

Il n'y a pas de grosse différence de climat avec fIle de France. Il fait un peu plus froid, mass aussi un peu plus sec. Les saisons sont plus marquées qu'à Paris et il est très agréable d'avoir de la neige en quantité à deux pas. Il est possible de faire de la luge ou du ski de fond dann le Taunus tour les hivers.

Vous ne souhaitez pas rentrer en France ?

Quand nous aurons de nouveau envie du bouger, nous irons voir ailleurs, en France ou àl'étranger. Nous vivons sans plan à Jong terme. Nous verrons bien ce que l'avenir nous réserve. „Carpe Diem."